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  Intervention de Nadia Ait-Zai
 
> Nadia AIT-ZAI
 
 

Photo : Jean PHAN
Avocate, enseigne à la Faculté de droit. Elle dirige actuellement le Centre d’Information et de Documentation sur le Droit des Enfants et des Femmes en Algérie (CIDDEF). Cette avocate appartient au collectif 95 Maghreb Egalité, initiateur d’un Code en 100 mesures pour une égalité hommes/femmes dans les pays sous loi musulmane.
   
 
La création du CIDDEF est la consécration d’un parcours militant commencé en 1977. En 1979, elle est élue adjointe au maire d’Alger.
A partir de 1968, c’est le droit musulman qui définit les droits et obligations. Jusqu’en 1984, la femme est une citoyenne à part entière et participe au développement social et économique. Puis c’est la promulgation d’un Code de la Famille discriminatoire qui abolit cette égalité. De 1962 à 1980, la femme avait des droits dans la sphère publique et privée. Mais à partir de 1984, la femme perd ses droits. C’est pourquoi, elle a participé à la rédaction d’un code alternatif avec un collectif de femmes laïques (Maroc, Algérie, Tunisie) qui révise la position de la femme par rapport à la polygamie, l’adoption, l’héritage, la tutelle matrimoniale…
Ce collectif créé en 1993 se regroupe pour rédiger « les cents mesures » qui est un code alternatif aux codes tunisien, algérien et marocain et se veut une réponse à un projet de code de statut personnel, rédigé au Maroc en 1987 et qui devait s’appliquer à tous les pays musulmans. Le Collectif Maghreb Egalité produit des outils pédagogiques donnés aux militant(e)s des associations des droits de l’homme pour mieux argumenter la revendication dans les pays nationaux (les trois pays du Maghreb) Ce code alternatif est basé sur des enquêtes, des arguments de conventions internationales (car l’Algérie en est signataire).
Au départ, elles réfutaient l’argument religieux car elles sont laïques et porteuses de valeurs universelles mais le Maroc les a interpellées sur le fait que l’on ne peut pas outrepasser la religion et ont fini par utiliser l’argument religieux pour expliquer aux populations (surtout marocaine) la justification du retrait de la polygamie, de la tutelle, le recul de l’âge du mariage…
C’est le système patriarcal qui génère des inégalités et non pas le Coran. Dans le Coran, il y a 60 versets qui sont consacrés à l’organisation de la famille. Le Coran a servi de base pour la rédaction du droit musulman. Il y a égalité entre les croyants mais en ce qui concerne l’organisation de la famille (mariage, divorce…), elle est basée sur l’inégalité hommes/femmes. Il existe différentes écoles de traduction du Coran :
- L’école Malékite (la plus dure dans l’application du code musulman),
- L’école Hanéfite (pas de tuteur matrimonial, courant de pensée plus libre),
Dans le Coran, le fikh traduit par le f’quih (qui se traduit par le mot sage, Maître), qui est une science, sert de base à la constitution. Mais l’Algérie applique le fikh dans sa partie la plus rétrograde. Il a été abandonné au Xème siècle.
Un pays ne peut pas vivre sur ce que dit le Coran car l’interprétation date du IVème siècle de l’Hégire et ne tient donc pas compte des évolutions de la famille. Certains proposent l’Ijtihad (travail sur soi, réflexion par rapport à la religion).
Nadia Ait-Zai dit que la femme est enfermée dans le fait religieux. L’Islam fait appel à la conscience du croyant, par exemple en ce qui concerne la polygamie, le Coran dit « Vous pouvez prendre 4 femmes mais si vous ne pouvez pas être juste et équitable n’en prenez qu’une ». Aujourd’hui, la polygamie n’a plus de sens sociologique. Elle ne représente que 1% des couples en Algérie. Maintenant, les femmes peuvent demander le divorce et il faut l’accord de la première épouse pour que le mari puisse en prendre une autre.
Cependant, pour contourner le Code de la famille, la société utilise des subterfuges (héritage, l’adoption…) que l’Etat n’ignore pas mais il ne faut pas déranger l’ordre établi et ne pas réveiller les démons de l’obscurantismes.
Le Roi du Maroc a annoncé des modifications de la Moudawana (code de la famille marocaine) lors de la visite de Jacques Chirac. Elles doivent passer au Parlement pour qu’elles deviennent « projet de loi ». En Algérie, un projet de loi est déposé à l’Assemblée Populaire Nationale depuis 1997. La femme est souvent chef de famille. Elle subvient aux besoins de la famille. Ceci est une réalité différente du texte qui régit la famille (très patriarcal). La réalité est différente du texte mais demeure dans l’inconscient collectif. L’Algérie est en train de se construire dans la modernité sauf pour le statut de la femme. Depuis 1984, les femmes ne peuvent plus témoigner sur simple circulaire sinon elle exerce et profite du statut dont elles ont hérité depuis l’indépendance.
De 1962 à 1980, les femmes disposent de droit. Il existe aujourd’hui un slogan qui dit « Il n’y a pas de démocratie sans le droit des femmes ». La société algérienne est très politisée. Il faut savoir mener les revendications. On oppose souvent aux femmes l’argument qu’elles veulent être comme les occidentales. Mais elles revendiquent seulement un statut légitime et citoyen. Le gouvernement actuel voit les femmes comme un enjeu de pouvoir. Pour Nadia et en tant que militante, il semble qu’on manque de stratégie concernant la modification du code de la famille. Aujourd’hui, celui-ci a 20 ans. En 1997, il s’est présenté une occasion de travailler avec le gouvernement sur le code de la famille. Ce travail a duré 6 mois et le chef du gouvernement de l’époque, Ahmed Ouyahia, avait tenu ses promesses. Il avait créé 2 commissions. Elles étaient arrivées à tirer un consensus pour l’égalité aux islamistes. Une réelle volonté politique a existé à ce moment-là.

"Dans ce combat, nous voulons être considéré comme des individus, des femmes, des citoyennes. Nous construisons l’Algérie ensemble et nous voulons reprendre nos droits. "
 
 

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