La création du CIDDEF
est la consécration d’un parcours militant commencé
en 1977. En 1979, elle est élue adjointe au maire d’Alger.
A partir de 1968, c’est le droit musulman qui définit
les droits et obligations. Jusqu’en 1984, la femme est
une citoyenne à part entière et participe au
développement social et économique. Puis c’est
la promulgation d’un Code de la Famille discriminatoire
qui abolit cette égalité. De 1962 à 1980,
la femme avait des droits dans la sphère publique et
privée. Mais à partir de 1984, la femme perd
ses droits. C’est pourquoi, elle a participé
à la rédaction d’un code alternatif avec
un collectif de femmes laïques (Maroc, Algérie,
Tunisie) qui révise la position de la femme par rapport
à la polygamie, l’adoption, l’héritage,
la tutelle matrimoniale…
Ce collectif créé en 1993 se regroupe pour rédiger
« les cents mesures » qui est un code alternatif
aux codes tunisien, algérien et marocain et se veut
une réponse à un projet de code de statut personnel,
rédigé au Maroc en 1987 et qui devait s’appliquer
à tous les pays musulmans. Le Collectif Maghreb Egalité
produit des outils pédagogiques donnés aux militant(e)s
des associations des droits de l’homme pour mieux argumenter
la revendication dans les pays nationaux (les trois pays du
Maghreb) Ce code alternatif est basé sur des enquêtes,
des arguments de conventions internationales (car l’Algérie
en est signataire).
Au départ, elles réfutaient l’argument
religieux car elles sont laïques et porteuses de valeurs
universelles mais le Maroc les a interpellées sur le
fait que l’on ne peut pas outrepasser la religion et
ont fini par utiliser l’argument religieux pour expliquer
aux populations (surtout marocaine) la justification du retrait
de la polygamie, de la tutelle, le recul de l’âge
du mariage…
C’est le système patriarcal qui génère
des inégalités et non pas le Coran. Dans le
Coran, il y a 60 versets qui sont consacrés à
l’organisation de la famille. Le Coran a servi de base
pour la rédaction du droit musulman. Il y a égalité
entre les croyants mais en ce qui concerne l’organisation
de la famille (mariage, divorce…), elle est basée
sur l’inégalité hommes/femmes. Il existe
différentes écoles de traduction du Coran :
- L’école Malékite (la plus dure dans
l’application du code musulman),
- L’école Hanéfite (pas de tuteur matrimonial,
courant de pensée plus libre),
Dans le Coran, le fikh traduit par le f’quih (qui se
traduit par le mot sage, Maître), qui est une science,
sert de base à la constitution. Mais l’Algérie
applique le fikh dans sa partie la plus rétrograde.
Il a été abandonné au Xème siècle.
Un pays ne peut pas vivre sur ce que dit le Coran car l’interprétation
date du IVème siècle de l’Hégire
et ne tient donc pas compte des évolutions de la famille.
Certains proposent l’Ijtihad (travail sur soi, réflexion
par rapport à la religion).
Nadia Ait-Zai dit que la femme est enfermée dans le
fait religieux. L’Islam fait appel à la conscience
du croyant, par exemple en ce qui concerne la polygamie, le
Coran dit « Vous pouvez prendre 4 femmes mais si vous
ne pouvez pas être juste et équitable n’en
prenez qu’une ». Aujourd’hui, la polygamie
n’a plus de sens sociologique. Elle ne représente
que 1% des couples en Algérie. Maintenant, les femmes
peuvent demander le divorce et il faut l’accord de la
première épouse pour que le mari puisse en prendre
une autre.
Cependant, pour contourner le Code de la famille, la société
utilise des subterfuges (héritage, l’adoption…)
que l’Etat n’ignore pas mais il ne faut pas déranger
l’ordre établi et ne pas réveiller les
démons de l’obscurantismes.
Le Roi du Maroc a annoncé des modifications de la Moudawana
(code de la famille marocaine) lors de la visite de Jacques
Chirac. Elles doivent passer au Parlement pour qu’elles
deviennent « projet de loi ». En Algérie,
un projet de loi est déposé à l’Assemblée
Populaire Nationale depuis 1997. La femme est souvent chef
de famille. Elle subvient aux besoins de la famille. Ceci
est une réalité différente du texte qui
régit la famille (très patriarcal). La réalité
est différente du texte mais demeure dans l’inconscient
collectif. L’Algérie est en train de se construire
dans la modernité sauf pour le statut de la femme.
Depuis 1984, les femmes ne peuvent plus témoigner sur
simple circulaire sinon elle exerce et profite du statut dont
elles ont hérité depuis l’indépendance.
De 1962 à 1980, les femmes disposent de droit. Il existe
aujourd’hui un slogan qui dit « Il n’y a
pas de démocratie sans le droit des femmes ».
La société algérienne est très
politisée. Il faut savoir mener les revendications.
On oppose souvent aux femmes l’argument qu’elles
veulent être comme les occidentales. Mais elles revendiquent
seulement un statut légitime et citoyen. Le gouvernement
actuel voit les femmes comme un enjeu de pouvoir. Pour Nadia
et en tant que militante, il semble qu’on manque de
stratégie concernant la modification du code de la
famille. Aujourd’hui, celui-ci a 20 ans. En 1997, il
s’est présenté une occasion de travailler
avec le gouvernement sur le code de la famille. Ce travail
a duré 6 mois et le chef du gouvernement de l’époque,
Ahmed Ouyahia, avait tenu ses promesses. Il avait créé
2 commissions. Elles étaient arrivées à
tirer un consensus pour l’égalité aux
islamistes. Une réelle volonté politique a existé
à ce moment-là.
"Dans ce combat, nous voulons être
considéré comme des individus, des femmes, des
citoyennes. Nous construisons l’Algérie ensemble
et nous voulons reprendre nos droits. " |